Vertige

Vertige
Las, le jour se retirait lentement. Rougissant les dunes, incendiant la mer, c'était là ses dernières prouesses, sa flamboyance ultime contre l'hégémonie inéluctable de la nuit. Mais qu'importait aux hommes l'incessante bataille entre ces forces titanesques, si ridicules au regard de l'habitude, de la répétition, qui nous façonne et nous fait perdre jusqu'à l'émerveillement de la nature ?

Sombre poésie, pensées mélancoliques, telles étaient les réflexions que menaient le jeune homme, accoudé à la fenêtre de sa chambre.
Le regard perdu, les yeux dans le vague...
Comment croire que ces connections électrochimiques, ces minuscules décharges qui agitent notre cerveau, puissent un instant savourer l'immensité de la nature, de l'univers tout entier ?
Il se prit à songer aux galaxies et aux particules, à tout ce qui était infini, qu'il soit grand ou petit... Comme toujours un vertige l'envahit, saisissant son corps, secouant son esprit.
Comment croire, comment imaginer un monde sans frontière ? Qu'y avait-il au-delà de l'univers ?
Comment comprendre l'écoulement du temps ? Quand fut donc la Genèse, qu'y avait-il avant ? Qu'y aura-t-il après la Fin ?
Comment, lorsqu'on mesure 1m76, peut-on décréter saisir les mécanismes de l'univers et prétendre un jour les contrôler ?
Et comment ne pas croire en une instance supérieure, en une puissance pouvant décider des réponses à ces questions...

Et qu'est-ce donc que la mort ? Pourrions-nous accepter si simplement l'effacement total de notre mémoire, ce pourquoi nous avons vécu ? Comment la voir autrement que comme la négation de la vie en ces conditions, sans faire appel à un monde connu dans l'au-delà ?
Mourir pour un idéal humain, vivre pour des idées humaines, ne plus se préoccuper de notre insignifiance, voilà quelle fut notre réponse à la terrible immensité de notre ignorance.
Qui sait, sans cette capacité à oublier notre place dans l'univers, peut être n'aurions nous pas survécu. Le manque de lucidité, ou plutôt, l'inadéquation physique et psychique de l'homme à ressentir pleinement le monde dans lequel il vit furent sans doute salutaires à l'espèce.

Regardant sa montre, il referma sa fenêtre et se dépêcha de se coucher. L'heure était passée tellement vite ! Il ne fallait pas arriver fatigué pour le contrôle de maths du lendemain...

# Posté le mercredi 19 août 2009 09:25

Viol

[Difficile de trouver le bon vocabulaire, qui puisse à la fois 'choquer' tout en essayant de pas bloquer le lecteur, de ne pas lui imposer une distance avec l'histoire. En plus y'a le problème de la naïveté... J'ai écris ce texte cet été mais ne le publie qu'en octobre, car je ne le trouvais pas assez bien. Etant donné que je ne fais plus que des maths en ce moment, je suis devenu moins exigeant sur la qualité littéraire xD]

Je ne sais plus comment je suis arrivée là. La pluie tombe, le pavé est froid sous ma joue. Tout mon corps n'est qu'une plaie qui ravive mon souvenir. Une soirée tant attendue...

" Ariane, regarde un peu celui-là. Il est pas mal hein ? "
En fait de mec pas mal, Mélanie avait le chic pour repérer les plus beaux spécimens de la boîte.
" Pas pour nous, il a déjà une poufiasse dans chaque bras ! " Ce genre de filles me dégoûtait et m'impressionnait en même temps. Elles étaient si vulgaires, si provocantes... mais c'est elles qui dansaient avec le bel Italien (avec sa peau bronzée j'avais décidé qu'il serait Italien), tandis que je le dévorais des yeux depuis la banquette.
" Bon allez resserre moi de vodka pomme histoire que je l'oublie. "
" Allez quoi, je suis sûre que tu vas trouver ton bonheur ce soir ! T'es trop timide comme fille ! "
" Mais attend, parce que je veux pas me faire tripoter le cul quand je vais chercher à boire ou que je saute pas sur le premier venu je suis frigide ? Je croyais que c'était aux garçons de faire le premier pas normalement ! "
" Bah oui et toi la vaisselle c'est ça ? Tu devrais essayer de sauter sur quelqu'un, ça marcherait toujours mieux que de rester assise... "
Oui, j'étais timide et alors ? Histoire d'ajouter à mon trouble, Mélanie se leva et en emballa un parfait inconnu en même pas 15 secondes. J'étais morte de jalousie.
Ma meilleure amie m'abandonna alors pendant 5 bonnes minutes, me laissant remâcher mes idées noires toute seule sur le canapé.
" Et alors, pourquoi tu viens pas danser ? " demanda t'elle en revenant.
" Tiens t'as remarqué que j'existe ? "
" Ouh t'as l'alcool mauvais ce soir... Dans ce cas moi j'y retourne, à toute à l'heure. "
" C'est ça, de toute façon je suis crevée et je vais rentrer. On se voit demain. Ciao. "

J'ai récupéré mon pull. L'air frais calme un peu mon ivresse. J'inspire à pleins poumons. Tant qu'à être dehors à 4h du mat', autant se balader un peu. Je marche un peu au hasard, au gré des rues.
C'est alors que je les ai aperçu. Un groupe de jeunes, 5 ou 6. Ils parlent fort, se donnent des coups pour déconner. Je passe devant eux les mains dans les poches, la tête baissée. L'un d'eux m'interpelle.
" Hey là, excuse moi mademoiselle, t'aurais pas du feu ? "
Je secoue négativement la tête et m'empresse de continuer mon chemin. Je ne suis pas tranquille, mon imagination travaille trop.
" Mais attends, pars pas si vite ! Les gars, vlà un ange qui se barre sans nous bénir ! "
Pourquoi faut-il qu'ils s'acharnent ? Je m'aperçois qu'ils sont complètement saouls pour la plupart. Les voilà qui me suivent en braillant à qui mieux mieux.
" Holà mon coeur, t'es bien pressée... Si t'as pas de feu c'est pas grave, tu peux nous allumer autrement. Je peux t'offrir un gros cigare ma jolie "
Leurs plaisanteries stupides provoquent des rires d'hystériques. Bon Dieu, mais comment peut-on rire de pareilles débilités ? Si je n'étais pas aussi stressée, je me serai bien tapée la tête contre le mur par désespoir. Encore une allusion de ce genre et je renie la race humaine !
Plus j'accélère l'allure, plus ils forcent eux aussi. Ils sont peut être bourrés, mais marchent parfaitement bien. Ils commencent à s'échauffer, leurs commentaires me dégoûtent. L'un d'entre eux tente de me pincer les fesses. Je n'y tiens plus et me met à courir.
" Ben merde la voilà qui se barre. Tous après elle ! "
Je coure à en perdre haleine mais j'ai des talons et ils sont plus rapides. Ils me rattrapent sans peine, m'entourent.
" Bordel mais qu'est-ce que vous voulez ?! "
" Ouille par si fort mademoiselle ! On a rien fait de mal hein. "
Je suis paniquée, ils m'empêchent de passer et resserrent leur cercle. Je me mets à crier.
" Dégagez ! DEGAGEZ ! Laissez moi passer putain ! Je vous ai rien fait ! "
" Elle va réveiller tout le voisinage la garce ! Viens donc par là, tu embêteras moins les braves gens qui dorment ! "
Ils me saisissent et m'entraînent dans une ruelle plus sombre. Je hurle, je me débats. Des larmes de peur dégoulinent le long de mes joues.
" Non mais regardez moi sa tenue... Elle a vraiment chaud la salope ! Viens par là trésor "
Parmi les jeunes je reconnais l'Italien de la boîte qui rie à en perdre haleine. Une main me bâillonne, un bras me ceinture. Je sens l'un d'eux tirer sur mon string. Je tente de ruer, de donner des coups de pied. Peine perdue, on me saisit les jambes et on m'allonge à terre, dos au sol. Un genou sur chaque bras, la tête bloquée, les jambes maintenues, je ne peux plus bouger. Je vois un jeune homme aux cheveux noirs se pencher vers moi. Je me souviens de ses dents blanches qui brillaient dans le noir. Il a un couteau à la main. Il passe la lame sous mon tee-shirt, remonte lentement puis tire d'un coup sec. Seulement les vêtements c'est résistant et il arrive seulement à faire une belle échancrure. Enervé il laisse le couteau et tire violemment sur le tissu. Un ami vient l'aider et ils parviennent à m'ôter mon haut. Je suis toujours paralysée. Je sens ma peau nue contre le sol. Un autre s'agenouille et me lèche le cou. J'ai un haut le coeur. Devant mon spasme il m'assène une gifle et reprend son ouvrage. Sa langue se promène sur ma poitrine. Il tire sur mon soutien-gorge avec les dents. Il se met à mordre un téton tandis que sa main descend vers mes cuisses. Il la passe sous mon jean. Je sens ses doigts, tout poisseux d'alcool et de sueur, qui me caressent. Dans un ultime effort je tente de basculer le bassin ; il me pince pour me calmer. Alors que les autres entreprennent d'enlever mon pantalon je parviens à me dégager et à me redresser. Quelques mètres plus tard je suis rattrapée. Comme si ma fuite était le signal de la curée, les voilà qui redoublent de violence. Ils me frappent au visage, dans les côtes. Ils arrachent les derniers vêtements ; le froid et la peur me donnent la chair de poule, mes seins dressés les excitent davantage. Ils m'écartent les cuisses. Je sens quelque chose de chaud, souple et dur à la fois, qui me déchire. La pénétration est brutale, ils se déchargent en moi à tour de rôle. Brisée, je gis à terre. J'en aperçois un, à l'écart, qui vomit tout ce qu'il peut à ce spectacle. Mais les autres n'en ont pas encore fini et me retournent sur le ventre. Ils me forcent à me mettre à quatre pattes. L'Italien me présente son pénis et me saisit par les cheveux pour me forcer à le prendre en bouche. Il a récupéré le couteau et fait jouer la pointe sur ma poitrine. Je suis forcée de m'exécuter. Cette intrusion buccale me révulse à tel point que je suffoque. Pendant ce temps un jeune m'écarte les jambes avec son genou et me sodomise de force. Je ne peux même plus crier. Jugeant le jeu trop simple, les violeurs prennent des bouteilles vides et me pénètrent avec par tous les orifices, goulot en avant. La douleur est telle que je m'écroule, sans force.
Avant de partir ils me traînent par terre et me crachent dessus. Puis, comme si leur rage s'était calmée, ils se contemplent sans savoir quoi faire. Un premier s'enfuit en courant. Les suivants hésitent, perdus, puis le suivent.
J'ai le nez cassé et les lèvres tuméfiées. Mes seins et mon ventre sont couverts de zébrures rouges et de marbrures. Mes tétons s'irritent au simple contact de la pierre. Mon bas ventre n'est qu'une plaie d'où s'écoulent des rigoles de sang. Je ne peux plus fermer les jambes sans crier. Je suis souillée, violée, j'ai leur semence en moi. Leur sperme me macule de la tête aux pieds. J'ai un goût âcre dans la bouche.

J'ai perdu connaissance. Le ciel passe du noir au gris foncé, l'aube se lève. La pluie se met à tomber. Je suis incapable de faire le moindre mouvement, incapable de penser. Je ne veux pas penser. Ne pas y songer. Juste laisser l'eau courir sur mon corps et me purifier. Les gouttes se mélangent à la sueur, au sang. Elles remplacent les larmes que je ne peux plus créer. J'ai trop pleuré, j'ai trop crié, j'ai trop lutté. Je ne suis qu'un bloc de souffrance impur, silhouette recroquevillée sur le pavé.
La bile qui me monte dans la gorge me secoue toute entière. Je rejette tout ce que je peux, tout ce qui pourrait me vider de ces moments.
Je tremble. Je voudrais mourir mais mon corps veut vivre.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 11 août 2009 20:30

Modifié le dimanche 25 octobre 2009 19:11

Héros de guerre

Un texte écrit en deux fois, assez rapidement et sans relecture (gros défaut :p)
Désolé de pas faire mieux mais je m'en sentais pas capable. D'autant que je ne l'ai pas écrit pour ce blog mais pour un forum de rp


Des insectes, d'innombrables insectes brillants jonchaient les plaines d'Etten. Des insectes aux carapaces de fer, aux armes d'acier, aux casques étincelants. Les hommes de Dyr Atkar, l'Envahisseur.
Je ne suis pour ma part qu'un simple servant du seigneur régnant, un soldat semblable aux deux milles autres éparpillés dans les environs. L'ennemi, lui, possède à peine un millier de combattants mais sa cavalerie est supérieure, ses hommes sont tous du métier.

Je rejoins le camp pour le repas du soir. Depuis des semaines nous nous rationnons car les assaillants ont systématiquement brûlé les champs et massacré les troupeaux de ravitaillement. Mais ce soir on a doublé la quantité de pain et ajouté des patates à l'habituel potage insipide qui fait notre quotidien. Loin de se réjouir, les hommes s'assombrissent. Ils savent ce que cela signifie. L'affrontement final aura lieu demain.
Je contemple sans la voir mon assiette. Moi qui passais des heures entières crispés par les crampes, par la faim, voilà que je ne me trouve plus aucun appétit. Un ancien s'approche, s'empare de mon écuelle sans mot dire et dévore voracement sa part. Quelques borborygmes me parviennent entre deux bouchées.
« T'sais p'tit, c'était p't'être ta dernière boustifaille. Demain, à cette heure, on sera sûrement la gueule dans la boue, en train de bouffer des asticots.»
Il s'interrompt pour engloutir bruyamment le reste de la soupe. Il sauce méticuleusement chaque flaque, chaque goutte du potage.
« Salop'rie de guerre »
Dans sa bouche ça sonne comme une rengaine. Pas comme une rébellion, ni une déclaration. C'est simplement une ponctuation forgée par le fatalisme de celui qui sait ne pas contrôler son destin.
Il me tend l'assiette vide, se lève. Passant près de moi il me tapote l'épaule et murmure
« Merci pour la soupe p'tit, merci pour la soupe... »

Longtemps après que la nuit soit tombée je demeure les yeux ouverts dans le noir, le regard perdu vers les étoiles. Je ressens toujours le contact de cette main, je songe sans cesse à ces mots si banals, si désespérants. J'ai envie de crier, de partir. Autours de moi mes camarades ont un sommeil agité, pour les rares qui réussissent à dormir. Aux premières lueurs de l'aube je n'ai toujours pas dormi. Je ne veux pas penser à la mort mais elle revient sans cesse me hanter. De quelle main mourrai-je ? Est-ce que je souffrirai beaucoup, est-ce que je deviendrai l'une de ces âmes tourmentées qui meurent de soif, brisées sur le champ de bataille, abandonnée après l'assaut ? Serai-je condamné à subir les attaques de vautours faméliques alors que mon c½ur bat encore ? Les mouches pondront-elles leurs ½ufs en mon corps sans que je puisse les en chasser ? Je me prend soudain à souhaiter une mort rapide, indolore. Quelle force peut-elle pousser un homme qui croit avoir tout perdu à prendre tout de même les armes, à faire front ? Quelle folie ?
Assez. C'en est assez. Je me hais de tenir semblables pensées et de ne pouvoir les faire taire. Je me lève. Les visages qui m'entourent sont autant de reflet de notre déchéance. Hâves, mal rasés. L'odeur de la peur est omniprésente. La tension nous crispe, les gestes sont brusques.

Nous voici réunis à proximité des tentes des officiers. L'un d'eux se hisse sur un cheval et commence à parler, d'une voix forte, dure.
« Soldats ! Vous voir rassemblés en une puissante armée me réchauffe le c½ur. » En fait d'armée c'est l'image d'un troupeau qui me vient à l'esprit. Un gigantesque troupeau de moutons destinés à l'abattoir, suivant un unique chef suicidaire.
« Vous avez été choisis pour défendre le pays d'Espyra de ses ennemis. Vous êtes des héros messieurs ! La simple évocation de notre puissance fait trembler de peur les c½urs impurs. On vous redoute, soldats ! » La dernière phrase avait été hurlée. Je laisse fleurir sur mes lèvres un sourire amer. Oh oui, nous étions sûrement redoutés, pauvres paysans, forgerons ou maçons que nous étions. Comment ne pouvait-on pas craindre Rodrick qui s'était coupé en empoignant sa propre épée, ou Deltros dont le pied avait été sectionné alors qu'il s'entraînait à la hache ? Comment ne pas trembler devant Medril, bloqué par un tour de rein, ou Théosys, que son cheval avait précipité dans l'abîme ?
Et l'officier continue sa harangue, espérant gonfler le courage de ses hommes, leur démontrant sans cesse que la victoire était obligatoire, que nous ne pouvions nous faire tuer. À l'en croire, les envahisseurs s'enfuiraient dès qu'ils nous verraient. Ces pillards, ces violeurs, ces guerriers aguerris prendraient leurs jambes à leur cou devant notre rassemblement de pouilleux.
« D'ici ce soir, messieurs, nous aurons triomphé et le monde entier connaîtra votre bravoure. » C'en était trop. Chacun d'entre nous savait que l'affrontement était imminent, mais l'entendre déclarer, c'était la consécration de toutes nos craintes, de toutes nos angoisses. La tête bourdonnante, je ne pus suivre la diatribe de l'officier.

On fit distribuer à chacun un demi-litre de vin. J'avalais ma part sans rechigner, sans même réfléchir. L'amertume du breuvage trouvait écho en mes pensées.

Une vague. Les petits insectes de la veille se sont transformés en une immense vague luisante, bardée de pics. Ils sont là, face à nous. L'assaut vient d'être lancé et ils nous attendent. Un rictus terrible est figé sur leur casque, leurs cris sont épouvantables, le choc des lames contre les boucliers nous assourdit. Soudain c'est l'attaque, nous courons les uns vers les autres et tout devient confus. Les hommes se fracassent contre d'autres hommes, le sang vole et gicle. Je continue de courir dans l'espace qui se profile devant moi. Sur les côtés j'entraperçois des ombres floues qui s'agitent. Et le premier adversaire arrive. Tout ce que j'avais appris en duel avec mon maître d'arme, je l'ai oublié. Je n'ai été qu'un de ces bûcherons qui tranchent sans regarder, qui frappent le plus qu'ils peuvent. J'ai frappé pour sauver ma vie.
Je ne comprends plus rien. Les soldats défilent autours de moi en une ronde infernale. Je ne sais reconnaître les amis des ennemis. Dans le doute je cogne malgré mes bras en feu. Je redoute sans cesse la morsure glacée de l'acier contre ma nuque. Quelques minutes à peine se sont écoulées depuis le début. Des minutes interminables...
Le roulement, les cris d'effroi m'ont alerté avant que je puisse les voir. Soudain ils déchirent le rideau humain, culbutant leurs alliés comme les nôtres. La cavalerie ennemie est sur nous. D'immenses bêtes, une charge phénoménale et indomptable qui détruit tout sur son passage. Une ombre me couvre, un étalon noir dressé au dessus de moi. Dans un ultime réflexe je plonge.

Je ne sais comment, j'ai survécu à la charge. Je gis à terre, les jambes brisées La douleur elle telle que je souhaiterais mourir. Un soldat approche, me marche dessus sans me voir. Un autre le suit et s'arrête. Sa botte m'écrase le thorax. Il cherche un signe de reconnaissance, une couleur, mais mon foulard et mon casque ont été emportés. Dans le doute il lève son glaive. Je reconnais un membre de notre armée mais ma voix se brise, j'ai la gorge trop sèche, le bruit est trop fort.
Désormais je sais quelle sera ma mort.
Je n'ai plus peur, je ne suis plus angoissé.
Je ne suis pas heureux non plus.
Juste soulagé.

Quels que soient les vainqueurs, il s'en trouvera toujours pour dire que la bataille fut héroïque, que l'honneur et la gloire furent au rendez-vous. Mais si d'aventure vous traversez les plaines d'Etten et que l'on vous conte pareilles fables, gardez vous bien de les croire. Réchauffez juste un peu de soupe et songez, en la buvant, qu'elle aurait pu être votre dernière.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 10 août 2009 20:36

Modifié le mercredi 19 août 2009 09:26

Impro délire sur la genèse

J'écris ces lignes sans but précis autre que celui d'écrire. Je ne sais pas où cela va me mener. Sûrement dans une impasse, comme si souvent. Je n'aurai alors qu'à supprimer ces quelques lettres et à retenter ma chance plus tard.

Oui mais. Si vous pouvez lire ces lignes, c'est que je les ai gardées non ? Tu parles. Au moment où j'écris ça, je sais que je ne le fais que pour me persuader moi même que j'arriverai à quelque chose ce soir ...

Aujourd'hui on est le 25 décembre. Ca vous dit vaguement quelque chose ? Des cadeaux, des sourires, des trous dans le porte monnaie. Des lumières partout, des sapins jetés par les fenêtres, déjà oubliés des hommes.

Bon je m'égare. Je vais pas vous parler de Noël comme ça, vous finiriez par vous dire que j'ai rien à raconter.
Ce qui est le cas ...
Tant pis ça me fait toujours quelques caractères en plus, si j'étais payé à la ligne je ferais fortune. Enfin si j'étais payé ça serait déjà pas mal ...










Non je suis pas parti. Pas encore. J'écoutais juste lonely day pour la 237ème fois de la journée. La nuance je connais pas, soit j'aime un truc soit pas. Question subtilité je peux aller me rhabiller tiens !

Bouh ce soir j'ai vraiment pas d'inspiration ... ça va finir à la corbeille encore ... Combien de pensées avortées qui n'ont jamais sues naître ?

238 fois.

Tant pis, je vais inventer une histoire, l'histoire du monde. Ca vous occupera un peu les yeux à défaut de plaire. Parce bon, j'adore les contes mais pour les créer, je vous raconte pas la cata ...


Tout commence avec un hérisson, un petit être de quelques dizaine de kilomètres pas plus.

Outch. Désolé de casser l'ambiance aussi vite, mais vous avez vu la gueule de la bestiole ? 241 fois au fait ...

Ce petit hérisson, qui s'appelait Taire (parce qu'il ne parlait jamais), vivait au milieu des immensités de l'univers, flottant comme un ballon dans l'espace.
En ces temps lointains,
il n'y avait ni étoile ni lune, et les cieux restaient perpétuellement noirs, exceptée une petite veilleuse jaune toute ronde qui s'éclairait de temps en temps en répandant une douce chaleur.

Tous les enfan
ts savent bien que c'est le sommeil qui fait grandir ... Et comme tout était obscur, le petit hérisson passait son temps à dormir et à dormir encore. Les yeux fermés, sa tête reposant doucement sur ses pattes, il rêvait qu'il était heureux au chaud. Et vous savez qu'un hérisson heureux est un hérisson dont les piquants sont applatis sur son dos pour se faire tout doux, tout lisse. Plus il dormait, plus il grandissait. Il finit par atteindre une taille immense.
En c
es temps lointains, l'espace était une giganteste boule creuse, tapissée de velour noir et dans laquelle il faisait bon vivre.
Mai
s c'est alors qu'un jour, la veilleuse accrochée au plafond se décrocha et tomba. Sûrement parce que Taire ronflait tellement fort qu'il faisait vibrer tout l'univers.

Réveillé par
la grosse boule jaune qui venait rouler sous son nez, le hérisson se mit à jouer avec en la faisant tourner. Il donnait un petit coup de museau et la boule fit le tour de l'espace. Intrigué par cet objet, il essaya de l'imiter et de se rouler en boule pour lui aussi faire des tours.

S
eulement voilà, Taire était un très grand hérisson et les très grands hérissons ont de très grands piquants. Lorsqu'il essaya de rouler sur les parois de la sphère de velours ses pics se prirent dans la toile et trouèrent le tissu noir. Tout excité par sa course, Taire tira fort et réussi à se décrocher. Il recommença plusieurs fois, tout autour de l'univers, sans se douter qu'il avait tellement forcé sur ses piquants que ceux-ci s'étaient décrochés de son dos. Ils avaient troué le ciel et étaient tombés de l'autre côté, dans le grand Vide Blanc.

Tout à coup Taire
se rendit compte que quelque chose n'allait pas. Il se déroula et vit qu'il avait fait des trous partout dans la toile de l'espace, qui laissait maintenant passer le jour. Pire encore, tous ces petits trous créaient des courants d'air et il commença à avoir très froid. Alors le hérisson courut près de la veilleuse qui roulait doucement et se remit en boule, tout près d'elle pour avoir plus chaud.

Depuis Taire d
ort en boule, attendant que ses piquants repoussent, pendant que la veilleuse jaune tourne lentement autour de lui pour lui tenir chaud ...

Ainsi naquirent Terre, Soleil et Etoiles.



263ème écoute.
Impro délire sur la genèse

# Posté le jeudi 25 décembre 2008 18:29

Modifié le vendredi 16 octobre 2009 17:49

Soldat

Seul siffle le vent sur ce chaos figé. La poussière retombe lentement, le soleil décline.
Et j'ai mal.

Trois côtes brisées, des hématomes partout, pas mangé depuis trois jours.
Deux balles dans le ventre.

Chaque inspiration est un peu plus difficile. Chaque gorgée d'air avalée râpe ma gorge comme du sable et y dépose des particules égarées. Cela fait bien longtemps que je n'ai plus la force de tousser. Que ma bouche a oublié le goût de l'eau.

La bataille a été d'une violence imprévisible. Aucun des deux camps ne s'attendait à ça. Maintenant ils n'en ont plus rien à faire. Tous gisent à côté de moi, ombres crispées qui jalonnent le canyon.

Je me souviens.

On était une petite compagnie. Quelques centaines de soldats, pas plus. Installés provisoirement pour surveiller un gisement important, quelque chose dans ce goût là. Enfin pour ce qu'on en avait à faire ... Jouer aux cartes toute la journée c'était bien plus intéressant. Quoique franchement lassant à force, mais les bouteilles ça fait passer l'ennui. Et on cause de la famille, on se fait des amis ...
Tenez, hier j'ai fait rire tout le monde en racontant que mon frère, Gaël, s'était engagé chez ceux d'en face. On a bien déconné sur l'amour fraternel du coup ...
Le temps se vivait ...

Et puis ce matin, on apprend qu'un détachement ennemi approche. Et là, c'était foutu.

Faut nous voir comme on est réellement, les trois quarts de la troupe se sont engagés pour le fric et ne savent même pas pourquoi on est là. On nous avait assuré qu'on existait que pour faire beau, que les combats c'était réservé aux autres. 'À vous l'uniforme et la prestance, loin de la boue et des balles, vous verrez'.
J'ai vu.

Les gars ont paniqué et j'étais pas en reste. Les armes, on savait les mettre sur l'épaule et vaguement tirer sur une cible en carton. Mais c'était tout. Y'avait qu'à voir la gueule des gradés pour comprendre que c'était pas prévu dans le contrat. Eux allaient se tirer vite fait, pour sûr !

L'attente, interminable. Les prières. Et la chute.
Quand ils sont arrivés je me suis mis à chialer. Pas besoin de me retourner pour comprendre que j'étais pas le seul. En face, c'était une marée humaine.
Trois fois moins que nous d'après le patron. Tu parles. Ce qu'ils nous ont pas dit, c'est que y'avait pas d'issue. Tu tues ou tu crèves. Voir les deux.

La suite, c'est le flou total. Je revois ceux qui ont pas osé presser la gâchette, qui voulaient pas enlever la vie d'un homme. Ceux dont les nerfs ont lâché, qui ont tirés sur tout le monde, alliés compris, avant de se faire abattre.
Je me revois, face à cet homme. Je le revois tomber en arrière, les mains sur la poitrine. J'entrevois son visage, lui aussi couvert de larmes.


Mes yeux se voilent déjà.
Se voilent enfin.
Mes pensées s'égarent. Mon regard s'arrête sur le cadavre qui me tient compagnie. Le soldat que j'ai tué. Dans la lumière du soir ses traits m'apparaissent plus doux, plus familiers. Il est jeune, il est beau. Un vertige me prend. C'aurait pu être Gaël. Il lui ressemble tellement ... Mais le visage est trop dur, le regard est trop triste.

Le vent joue avec la pierre, soulève de petits tourbillons de lumière. Mes yeux la captent de toute leur force.
C'est drôle, j'ai oublié la douleur. J'ai oublié la peur.
Je suis comme libre de toutes attaches, comme flottant dans le ciel. Ou comme avec 50 de morphine dans le sang.
Les roches me contemplent de toute leur éternité. J'ai le ciel comme couverture.

Huit heures.
Il aura fallu huit heures à l'invention la plus poussée de la nature pour s'entretuer par centaines.
Huit heures pour découvrir notre insignifiance et la futilité de nos actes.

Aujourd'hui je suis mort. Mais aujourd'hui n'est rien.

Au sein des étoiles, l'homme n'est qu'éphémère ...
Soldat

# Posté le samedi 06 décembre 2008 18:54

Modifié le jeudi 25 décembre 2008 18:30